samedi 20 septembre 2014

Critique musicale: The Dedicated Nothing – Dawn To Dusk (2014)


Sea, Surf and Sun : flashback

Quiconque souhaite retracer le parcours du quatuor biarrot The Dedicated Nothing, à grand renfort d’articles de presse ou d’interviews divers, ne peut manquer de relever la référence constante faite au surfeur américain Miklos « Miki » Sandor Dora tant l’influence de ce dernier, et surtout celle de sa « philosophie de vie », semble grande et se trouver au fondement même de la démarche artistique de ce groupe. Un rapide retour sur le parcours qui fut celui de ce sportif hors pair et personnage marginal et iconoclaste nous permettra de mieux aborder ladite démarche.

Miklos « Miki » Sandor Dora voit le jour en 1934, le 11 Aout, à Budapest, capitale de la Hongrie. Très tôt le jeune Miki, sous l’impulsion de son père, est initié à la pratique du surf, le garçonnet domptant ses premières vagues dès l’âge de quatre ans[1]. Exceptionnellement doué pour ce sport, Miki en deviendra par la suite, et en quelques années seulement, l’un des principaux représentants aux Etats- Unis ainsi que la véritable figure de proue de cette petite communauté des surfeurs peuplant les plages de Malibu, en Californie, où il vit. Aujourd’hui encore Dora est unanimement considéré comme l’un des tous meilleurs surfeurs des années 50 et 60, créateur de ce que certains appellent la « Malibu Mystique »[2], technique et style de pratique propre aux surfeurs de cette ville.
Le sportif se double aussi d’un homme à la personnalité souvent décrite comme trouble, marginale, rebelle et fantasque. L’anticonformiste hostile à toute forme de système généralement établit, épris de liberté et ayant fait de celle-ci sa principale philosophie de vie, décidera un beau jour de tourner quasiment définitivement le dos à la notoriété, au « surf-business » et aux compromissions les accompagnants invariablement. Nous somme alors au début des années 70 et Miki ne reviendra par la suite que très épisodiquement sur les terres l’ayant vu grandir. Il y effectuera, entre autres, plusieurs peines d’emprisonnement.[3] Son exil se trouva notamment motivé par une poursuite judiciaire ouverte à son encontre pour fraude et escroquerie, « Da Cat[4] », icone absolue des surf et contre cultures, anti-héros de son époque selon certaines sources, s’étant également plus d’une fois illustré avec maestria dans ce domaine…

Le vent de l’exil poussera Miki à découvrir et s’établir sur la Côte Basque française dès 1970. Il y demeurera jusqu’à la fin d’année 2001. Les localités de Guéthary, Anglet, Lafitenia ou Seignosse sont chez nous considérées comme quelques-uns des principaux « hauts lieux » régulièrement fréquentés par le surfeur américain retiré de la vie publique depuis 1974[5]. En trois décennies passées sur les terres basques, Miki sera devenu un basque d’adoption et aura surtout permis à son sport de connaitre une expansion certaine, de « forger » une culture locale de sa pratique par la frange la plus jeune de la population dans de très nombreux spot[6].

« The Black Knight of Malibu » tira définitivement sa révérence en 2002, le 3 janvier, jour où à Montecito, dans la maison de son père, il fut submergé par le cancer du pancréas qui le rongeait depuis des mois et qui récemment s’était généralisé. Reste d’un des plus grands surfeurs de l’histoire et homme pétri de paradoxes, un souvenir, une légende, un mythe surtout qui, plus de douze ans après son trépas, continue de fasciner, d’ influencer les Basques et tout particulièrement les adeptes évoluant dans le microcosme du surf de cette région[7].

C’est au sein de ce microcosme sportif qu’évoluait séparément chacun des quatre membres du groupe avant que décision soit prise de fonder The Dedicated Nothing, un jour de décembre 2010[8] à Biarritz, ce bien que tous ne soient pas biarrots d’origine.[9] Ce quatuor Indie Rock se compose donc du guitariste et chanteur Grégoire, du batteur Franck, de Clément, second guitariste et du bassiste Mathieu, ces deux derniers se chargeant également d’assurer les chœurs sur les différents morceaux[10]. Parmi ses influences musicales majeures, le groupe revendique entre autres celles de groupes comme : Joy Division, Sonic Youth, The Smiths, Interpol, Maccabees ou bien encore The Arctic Monkeys[11].

Dans une interview accordée à Julien Mourez pour le titre de presse La Semaine du Pays Basque, publiée le 25 juin 2014, Grégoire reviendra sur la genèse, la formation de ce combo et déclarera à ce sujet :

« Franck et moi, on se connaissait déjà avant de former le groupe. À la fin de l’année 2010, il m’a proposé de jouer un bœuf  avec lui. Trois jours après, j’ai rencontré Clément, que Franck m’a présenté. Puis Mathieu est venu se greffer à nous. Ça a tout de suite collé entre nous. La création de notre premier morceau Runnig Away a été très rapide, très spontanée. Nous n’avons jamais pensé faire un album. Au départ on pensait juste faire les cons dans une cave. »[12]

L’influence de Miki Dora sera très grande sur le choix qu’opèreront ces quatre surfeurs quand le moment sera venu pour eux de baptiser leur toute nouvelle formation musicale car c’est bien en hommage à l’Américain que le choix de « The Dedicated Nothing » fut retenu. En effet, au tout début des années 60,  l’icône iconoclaste, reprenant de volée, et sur un ton mêlant à la fois plaisanterie et provocation, une boutade verbale qu’un ami venait de lui lancer au visage, décida spontanément de « catégoriser » ses « collègues » surfeurs des plages californiennes. Catégories au nombre de quatre, selon Miki : « The Kooks », « The Punks », « The Freaks » et enfin « The Dedicated Nothing » (les bons à rien, les « branleurs »). Ce qui semblait séduire passablement l’antihéros venu d’Outre –Atlantique au sujet de cette dernière catégorie était l’oxymore contenu dans son nom, les termes anglais « dedicated » et « nothing » s’opposant de fait[13]. Un « Dedicated Nothing » que Dora définissait comme étant originellement un individu capable de se vouer pleinement à une cause, quelle qu’elle soit, sans rien en attendre en retour, hormis le plaisir tiré de son accomplissement[14].
Franck, lors d’une interview donnée à une certaine « electricgirl », publiée sur un blog personnel le 17 février 2013, éclairera ce choix de nom. A la question de savoir pourquoi s’être appelés The Dedicated Nothing, il répondra :

« Pour exprimer notre lien avec la contre-culture surf des années 1950. On n’est pas Beach Boys etc mais on aime bien le personnage qu’était Miki Dora : un surfer californien à la réputation sulfureuse, rebelle, bad boy, exilé en France – dont pas mal de temps à Biarritz. Il a classé les surfers en 4 groupes : les kooks, , les freaks, les punks et les Dedicated Nothing. Et on trouvait que la dernière catégorie nous correspondait. Ce sont des personnes qui vivent tout ce qu’ils doivent vivre. »[15]

Les quatre musiciens réunis, l’alchimie ne manqua pas d’être au rendez-vous elle aussi, et ce à un point tel qu’un premier titre, Running Away, accoucha quasiment spontanément de cette toute première session de travail, première esquisse sonore d’un son spontané, brut, accrocheur et enjoué appelé à gagner en maturité. L’inspiration étant de mise, The Dedicated Nothing rajoutera, en juin 2011, cinq autres compositions de leur cru, et élaborées dans un home-studio, à leur catalogue tout juste naissant[16].

Des compositions se devant d’être défendues sur scène, c’est cette dernière que les quatre biarrots iront ensuite investir pour gagner en visibilité au cœur d’une scène locale plutôt bien garnie et féconde, dénicher et fidéliser un premier public. En un mot, se faire remarquer.
Ces titres sous le bras le groupe écume dès lors les petite scènes et mettra un soir sur pied un concert qui se déroulera devant quelques amis et admirateurs locaux, une petite soixantaine de personnes au bas mot. Parmi ce petit nombre se trouvait l’un des représentants du label local indépendant Drop In[17], aux installations principalement basées à Saint-Jean-De-Luz. Remarquant leur potentiel, le dirigeant les sollicitera en vue de venir réaliser quelques essais en studio. Concluants, ces premiers essais permettront au groupe de rejoindre cette écurie discographique.

En cette fin d’année 2011, et désormais signé depuis septembre, The Dedicated Nothing investira les studios que le label possède tout près de Guéthary, ce village où Miki Dora passa les trois dernières années de sa vie et où bien sûr il fréquentait les spots de surf. Là-bas, et sur une durée de quatre jours, seront fixées Running Away, Love Me Girls, Here We Are et Ain’t Got Words, 4 pistes appelées à se retrouver sur leur premier Extended Play[18]. Ces chansons se verront finalisées en début d’année 2013[19].

Le début d’année 2012 est lui placé sous le signe du live, le groupe donnant, entre les mois d’avril et décembre une série de 20 concerts dans le Sud-Ouest du pays, entrecoupée toutefois de quelques sessions d’enregistrement en studio pour débuter l’élaboration de ce qui devait devenir leur premier opus. Cette tournée donnera l’occasion au quatuor de retourner se produire dans plusieurs cafés-concerts  ainsi que d’assurer des premières parties de groupes déjà plus en vue. Parmi ceux-ci citons : The Shoes, Birdy Nam Nam, Singtank, Two Doors Cinema Club, La Femme, Breton, BB Brunes  ou  The Bewitched Hands[20]. Le groupe se produit en outre aux arènes de Bayonne, devant 4000 personnes, au mois de septembre 2012[21].

Le premier effort discographique du groupe, Running Away, EP 4 titres, sort de manière officielle le 25 février 2013[22]. De ces quatre chansons résolument ancrées dans le plus pur style Indie-Rock, on retiendra surtout une voix bien mise en avant, souvent plaquée sur une instrumentation à la structure simple qui immédiatement flatte l’esgourde. On y découvre un penchant pour un travail sobre, propre et rigoureusement efficace pourvu de mélodie soignées. De cet ensemble de jouerie Rock, vive , instantanée et accrocheuse, la six cordes, délivrant souvent de bons gimmicks et riffs divers, parvient sans peine à convaincre. Une mise en bouche de bon ton qui laissait  entendre et espérer à l’auditeur que le meilleur était certainement à venir…Un format Long Play se devait, bien sûr,  de confirmer ces impressions premières…

La sortie de Running Away provoquera, entre autres effets, un intérêt croissant des médias et des marques pour le groupe (Oui FM, Tarratata, Les Inrocks…). Le groupe participera notamment à des évènements sponsorisés par l’équipementier Quicksilver après la sortie de ce premier maxi. [23] Leur EP fera également office de sésame pour demeurer un temps en résidence à l’Altabal, célèbre salle de concerts biarrote[24]. The Dedicated Nothing à, au cours de ces deux dernières années donné pas moins d’une quarantaine de concerts et viennent récemment de remporter le premier prix du concours RIFFX. Cette victoire leur a permis d’assurer la première partie de la soirée du samedi 19 juillet 2014  se déroulant dans le cadre de la sixième édition du « Big Festival », précèdent sur scène des artistes comme Irma, Patrice, Kavinsky ou Stromae au stade Aguilera de Biarritz[25]. Il s’agissait là de leur seconde participation à cet évènement, suite à une première expérience datant de l’année précédente[26].

Dawn To Dusk : 35 minutes, 10 titres

L’élaboration de l’opus Dawn To Dusk a débuté dès la fin d’année 2011, période où le groupe travaillait à l’EP Running Away, «avant-gout » discographique, et s’est poursuivi au moins jusqu’au mois de septembre 2012. Franck confiera que la majeure partie du travail en studio c’est déroulé de façon somme toute « classique », le groupe ayant privilégié les sonorités Rock et Pop aux seins desquelles lignes de basse, guitare, batterie et chant se côtoient. Chaque partie instrumentale fut enregistrée séparément et sans arrangement aucun[27]. Les sessions de travail se seraient achevées sur une période de 25 jours en septembre 2012, période où les musiciens auraient privilégié le travail « de nuit ». Fait singulier et appréciable, Dawn To Dusk ne recèle nulle trace de synthétiseur ! 
Lors d’une entrevue, Grégoire est revenu sur la façon dont le quatuor aborde le travail en studio et la composition. Il déclare ainsi :

« Nous n’avons pas de grande expérience de ce côté-là. Nous ne sommes pas de grands techniciens, même si nous avons tous suivi des formations classiques. J’ai fait du piano par exemple. Tout le groupe fait de la musique depuis longtemps. On a une approche spontanée sur la construction des morceaux, toujours sur un premier jet sur lequel on revient rarement. Un de nous a une idée et les autres apportent quelque chose dessus. Alors c’est vrai que l’album est un peu plus détaillé que l’EP, parce qu’on a eu le temps. Mais on a voulu laisser cette spontanéité de la création. C’est ce qui nous caractérise, je crois. On fait la musique d’abord, puis viennent les mélodies et les paroles. Nous sommes vraiment un groupe qui fonctionne à quatre. »[28]

Dawn To Dusk, dont l’arrivée dans les bacs se fera le 22 septembre prochain,  fut enregistré et mixé par Ken Ploquin, le mastering de la galette échouant lui à Bertrand « Mako » Blais. L’artwork du disque est dut à Sérena Lutton. Le terme « spontanéité » semble au mieux caractériser les Dedicated Nothing et leur musique. Ce constat se récent même dans la production de ce premier opus et le son que renferme celui-ci. L’ensemble est pourvu d’un son résolument Rock, à la fois calibré et carré. Mais quelques indices sonores laissent l’auditeur apprécier quelques obédiences matinées et profondément Pop sur plusieurs titres. Le chant est mixé plutôt en avant sur l’ensemble du disque, l’instrumentation faisant la part belle aux riffs et gimmicks de six cordes électriques. Les structures sont souvent simples et efficaces, dans la lignée de quelques une des bonnes productions Indie-Rock françaises actuelles à influence anglo-saxone, sans que ne s’en voie pour autant négligé le travail mélodique. En somme cette production ne rend que plus aisée et immédiate l’écoute de ce disque rempli de titre fort accrocheurs et vivaces.

C’est sur le morceau When We Where Kings que s’ouvre cet opus. Un titre sur lequel d’emblée se conjuguent à propos les gimmicks accrocheurs de batterie et de six cordes en introduction. Le chant  puissant de Grégoire est mixé en avant tandis qu’une ligne de basse ronde et précise soutient de bout en bout ce morceau. Une entrée en matière de plus Rock et accrocheuse pour un titre bref, à la structure certes «  simple » mais très efficace,  qui nous donne dès ses premières mesures la couleur globale de l’album.

Le titre You Want To Know possède une ligne de guitare très présente ainsi qu’un très efficace gimmick de batterie. Nous sommes face à une second titre très Rock, similaire au précèdent, duquel se démarquent les accords de guitare et un refrain entêtant et accrocheur. La rythmique du titre est solide, titre dont le milieu se voit accaparé  par la guitare pour un bel effet.

Running Away, premier hymne du groupe et unique morceau à n’avoir pas fait l’objet d’un réenregistrement complet pour pouvoir trouver place sur l’opus, arrive ensuite. Inutile de dire que son efficacité intrinsèque ne fait aucun doute. Nous avons ici l’archétype du titre rock dans ce qu’il a de plus imparable et immédiat. La rythmique est carrée, très massive, l’introduction révèle des accords guitaristiques simples et accrocheurs. Le refrain est du même acabit et le titre se déroule à toute vitesse. Un autre moment Rock calibré et puissant qui offre à l’auditeur de ne pas souffrir de la note de trop. Ce morceau, qui évoque les vaines tentatives d’un jeune mannequin pour échapper au monde qui l’entoure, pourrait se voir considéré comme « l’étendard » du groupe, celui qui caractérise au mieux son propre son.

Nous découvrons ensuite le premier simple extrait de cet opus , ayant aussi fait l’objet d’un clip vidéo, Love Me Girls. Ce titre, originellement présent sur Running Away, Exteded Play sorti plus tôt, se voit ici entièrement retravaillé et désormais façonné d’un un écrin de musique bien plus Pop et chatoyante, la fougue de la version primitive ayant ici laissé place à un morceau sur lequel, par exemple, les chœurs se retrouvent plus en avant et moins bruts de décoffrage qu’auparavant. Ce titre à l’écoute très agréable possède une ligne de basse ronde et chaude sur laquelle se posent de très jolis arpèges de guitare. La batterie, bien qu’ici plus discrète, reste efficace dans la rythmique imprimée au morceau. Le chant peut ici être entendu d’un un registre plus calme, celui-ci étant du même coup plus posé.

 L’éponyme Dawn To Dusk arrive ensuite au son de bons arpèges de six cordes, ce qui très tôt confère à cette chanson une impression de douceur. Le chant, une nouvelle fois plus posé, et plaqué sur une efficace rythmique imprimée à propos pas la basse et les futs. Le gimmick de guitare concluant la première moitié du titre est réussi. Le mid- tempo s’accélère ensuite et une guitare au riff bref quoi que plus rageur investit l’espace. Celui-ci sera ensuite « récupérer » par un puissant refrain, le titre se concluant enfin sur une outro instrumentale de bonne facture.

La chanson Hopes renferme des riffs de guitares puissants et accrocheurs ainsi qu’une rythmique du même acabit. Le chant renoue avec la vigueur et est plaqué sur l’instrumentation. L’efficacité de ce titre est renforcée par un bon pont musical contenu dans sa seconde moitié.
Lolita, la piste suivante, est pourvue dès son entame d’un excellent, et surtout accrocheur, riff de guitare. Le chant demeure dans un registre similaire à celui du titre précédent. Le  refrain est lui simple et également très efficace. Un ensemble que complète à merveille une rythmique massive et imparable. Une chanson réussie, parée des atouts du single.

Mind Love se démarque aisément du reste de l’album par un changement de registre perceptible. .Le rythme du morceau se fait plus lent et lourd, le chant est paré d’une teinte plaintive, La guitare délivre des notes plus saturées qu’auparavant et les gimmicks restent de bonne facture. La basse se fait plus présente encore et délivre une ligne massive et très claire. Le chant renoue avec la fougue sur le refrain de la chanson, ce qui assure un contraste réussi avec le reste du titre. Le final de cette composition allie puissance et efficacité.

C’est sur un très bon son de six cordes et une ligne vocale abrasive que se déroule ensuite le très Rock Leaving You qui lui aussi allie puissance et efficacité, ces deux points culminant sur le refrain du morceau. De cette chanson semble émerger une impression d’urgence, de fuite en avant…
L’opus trouve son épilogue avec la composition Stand With Me qui se signale d’emblée par une introduction sur laquelle une frappe sèche semble tirer son épingle du jeu par sa bonne présence pour imprimé un rythme lourd, tout du moins à l’entame du titre. Les accords de guitares simples et accrocheurs sont présent également. Très vite, rythmes et gimmick s’accélèrent sur le refrain, avant que le titre ne retrouve un temps son imprécation originelle. La basse livre avec la guitare un intéressant « dialogue » au milieu de ce morceau qui révèle une habile utilisation faite des contrastes. Un titre et une conclusion d’opus réussi.

Les Dedicated Nothing  sont des personnes
 Qui vivent tout ce qu’ils doivent vivre !
Franck.

****

Sans faire mine d’une virtuosité ou d’une technique renversante, The Dedicated Nothing nous donnent à découvrir à travers ce Dawn To Dusk, une musique incroyablement spontanée, vive et accrocheuse. Cet opus bien produit recèle nombre de titres à l’efficacité certaine et dont la simplicité structurelle ne constitue en rien un défaut. Cela rend cette musique accessible à tous, peut d’écoutes étant nécessaires pour apprécier pleinement ce recueil de titres résolument Indie-Rock. Tous doivent à n’en pas douter gagner en envergure une fois joués en concert. Les amateurs y trouveront sans problème matière à se contenter. Les autres pourraient se laisser séduire par cet opus qui est celui d’une formation nous livrant, il faut le rappeler, son premier LP. Gageons donc que ce son, déjà propre et peaufiné évoluera encore certainement lorsque serra venu pour elle le moment de nous donner à entendre son second effort discographique. En entendant, on appréciera de se plonger dans l’écoute de cet opus plutôt réussi et porteur de belles promesses. Promesses que les quatre biarrots confirmeront sans nul doute à l’avenir.

Liste des titres :

1.      When We Were Kings
2.      You Want To Know
3.      Running Away
4.      Love Me Girls
5.      Dawn To Dusk
6.      Hopes
7.      Lolita
8.      Mind Love
9.      Leaving You
10.  Stand With Me

The Dedicated Nothing, Dawn To Dusk, Drop In Music, 2014


Xavier Fluet

Publié le : 26/07/2014 par La Gazette De Paris.



[1] « Miki Dora », Wikipedia.org, Lien : http://en.wikipedia.org/wiki/Miki_Dora Article consulté le 22/07/14.
[2] Ibid.
[3] Id.
[4] « Da Cat », avec entre autres : « The Black Knight of Malibu », « Le Kerouac en short », est l’un des surnoms communément donné à Miki Dora. « Miki Dora », Wikipedia.org, Lien : http://en.wikipedia.org/wiki/Miki_Dora Article consulté le 22/07/14.

[5] Olivier Bonnefon, « Sur le banc de Miki Dora », Sud-Ouest, 28/08/13. Lien : http://www.sudouest.fr/2013/08/29/sur-le-banc-de-miki-dora-1153145-4018.php
[6] Ibid.
[7] « Les Derniers Jours de Miki Dora sur la Côte Basque », Surf Prevention.com, 21/06/13. Lien : :http://blog.surf-prevention.com/2013/06/21/les-derniers-jours-de-miki-dora/
Sur Miki Dora, on consultera à profit l’ouvrage suivant : Alain Gardinier, Miki Dora, de Malibu a la Côte basque, Atlantica,  Paris, Juin 2013.
[8] « The Dedicated Nothing », Wikipedia.org, Lien : http://en.wikipedia.org/wiki/User:The_Dedicated_Nothing  Article consulté le 23/07/14.
[9] Justin Mourez, « The Dedicated  Nothing : « Biarritz, c’est le carrefour de notre groupe », La semaine du Pays Basque, 25/06/14. Lien : http://www.lasemainedupaysbasque.fr/2014/06/25/23372-the-dedicated-nothing-biarritz-c-est-le-carrefour-de-notre-groupe Article consulté le 23/07/14.
[10] Cf. Note 8.
[11] Ibid.
[12]Cf. Note 9.
[13] Communiqué de presse de l’album Dawn To Dusk
[14] Ibid.
[15] Electricgirl, « Mon interview de The Dedicated  Nothing »,electricgirl.over-blog.com,  17/02/2013. Lien : http://electricgirl.over-blog.com/article-mon-interview-de-the-dedicated-nothing-115413934.html
[16] Ibid.
[17] Plus d’infos sur Drop In : http://www.dropinmusic.com/
[18] Site officiel du groupe, section « media ». Lien : http://thededicatednothing.com/media/
[19] Cf. Note 15.
[20] Cf. Notes 8 et 15.
[21] Voir la page Facebook du groupe section « Infos ». Lien : https://www.facebook.com/TheDedicatedNothingOfficial/info Page consultée le 23/07/2014.
[22]  The Dedicated Nothing, Running Away, Drop In  Music, 2013.
[23] Cf. Note 9.
[24] Cf. Note 13.
[25]  Site du « Big Festival ». Lien : http://www.bigfest.fr/ 
[26] Lionel Nicaise, « The Dedicated  Nothing : « Le surf, c’est pour ça qu’ont existent ! », Le lab des Inrocks, 23/07/14. Lien : http://www.lesinrocks.com/lesinrockslab/news/2014/07/the-dedicated-nothing/ Page consultée le 24/07/2014.
[27] Cf. Note 15.
[28] Cf. Note 9.

Critique musicale: Dirty South Crew – Wake Up (2014)


DSC : esquisse succincte  d’un parcours

Souvent décrite comme « métissée », alliant avec justesse des styles aussi divers et variés que le Rap, le Hip-Hop, le Rock, la Funk , le Ska, le Reggae , le Jazz ou encore le Dace-Hall, la musique des amiénois du groupe Dirty South Crew ne manque, à première vue, pas d’ atouts pour susciter l’attrait des amateurs de Rap et de Hip-Hop ou de néophytes, amateurs de découvertes musicales intéressantes sortant quelque peu des sentiers battus ou genres trop souvent « prédéfinis », formatés[1]. 

Les prémices de ce qui deviendrait un peu plus tard le Dirty South Crew, dont le nom ferait référence à Amiens-Sud, certains des membres du groupe ayant grandi dans le quartier Phileas Lebesgue se trouvant au sud-est de la ville, remontent à 2005, 2006, époque où le nonnet n’était encore que trio, se composant des frère et sœur Pierre-Alain et Caroline Mambou et de leur cousin Feljalin Malonga. A l’origine, les deux cousins ambitionnaient de mettre sur pied un projet résolument Hip-Hop et de s’aguerrir sur scène. Commença donc pour eux l’inévitable étape des concerts donnés dans les bars et autres cafés-concerts de la région Picardie. Ce n’est que plus tard que Caroline et son violon se joindront au duo. Une entrevue accordée à musique-culture.com, publiée courant janvier 2012, nous apprendra que la formation du trio s’est faite lors d’une prestation donnée dans le cadre de la fête de l’Humanité et sur le stand du PCF. A la fin du set prévu ce jour-là, Caroline aurait pris part au bœuf naissant entre les cousins et un guitariste venu les accompagner[2].

Le trio deviendra ensuite quatuor, consécutivement à la rencontre entre Caroline et Nicolas, ce  dernier devenant du même coup le guitariste du groupe. S’ensuivra des concerts donnés en acoustique, les deux chanteurs d’alors étant suppléés par des lignes de guitares et de violon. C’est dans cette configuration que Dirty South Crew se produit un soir au Café Bissap, Un bar amiénois se trouvant rue Saint-Leu dans le quartier éponyme et accessoirement, parait-il, l’un des plus festifs de France… Là-bas, le chemin du Dirty South Crew croisera celui de l’artiste africain Khadim M'Baye. Ce dernier est danseur traditionnel, chorégraphe, percussionniste et dirige l'association Le Baobab Artistique[3]. Si l’on donne foi aux propos émaillant l’interview donnée à musique-culture.com, Khadim M'Baye, présent à nombre des concerts du groupe, et ayant certainement déjà perçu son potentiel futur, n’hésita pas à leur prodiguer quelques avis et conseils, notamment celui de s’adjoindre les services d’un batteur et d’un bassiste, pour permettre à la musique jouée par le groupe de gagner en ampleur. Ce qu’ils feront par la suite. D’après Nicolas, ceux sont ces concerts et rencontres au Bissap qui constituèrent le fondement de Dirty South Crew. Il déclare en effet :

« Khadim, c’est un super artiste, vraiment complet, il danse, chante, fait des percus, Il dessine la carte de l’Afrique en crachant du feu…Lui et le Bissap, c’est vraiment les fondement de D.S.C… ».[4]

Le temps passe donc, le groupe s’étoffe encore, avec, entre autres, l’arrivée de Myriam Luz Ferreira, en qualité de troisième vocaliste du groupe et les choses se mettent en place… C’est semble-t-il au cours d’un bœuf improvisé lors d’une fête d’anniversaire que les neuf musiciens qui formeraient par la suite l’ossature du groupe ont joués ensembles pour la première fois, nous sommes alors en juin 2009.[5]

Passée cette date, les choses sérieuses débuteront pour les amiénois, qui, entre autre travail de composition de titres, passeront pas mois d’une année et demie à parcourir les différentes scènes. Des performances scéniques qui furent loin de laisser insensible et de passer inaperçues, celles-ci ayant plus d’une fois trouvées écho dans  la presse, presse régionale, nationale ou spécialisée. Parmi celles ayant values au groupe plusieurs lignes imprimées ou autre, citons notamment : en 2010, le concert donné le 21 juin et dans le cadre de la fête de la musique, devant l’Hotel De Ville d’Amiens[6] , celui donné en novembre de l’année suivante dans l’enceinte de l’Elispace de Beauvais, en première partie de Danakil, Groundation, Selah Sue ou  autres Asian Dub Foundation, entrant dans la programmation annuelle du Picardie’Mouv[7].  L’été 2012 sera lui, entre autres, marqué par des performances remarquées données entre juillet et septembre, celle du festival le Lézard Jaune à Longueau, festival de musiques actuelles, placé sous l’égide de l’association Acouzic mettant à l’honneur la jeune scène picarde. Les groupes Sweet Haze, Nasteen et Wolves & Moons, entre autres, étaient  egalement présents lors de la tenue de l’évènement[8]. Parmi les festivals sur la scène desquels Dirty South Crew s’est également illustré, celui de la huitième édition  de La Boule Bleue. Les amiénois partagèrent à cette occasion l’affiche avec The Headshakers, Funky Bûche Factoy, Jack Moll ou La Ruda[9].

Dirty South Crew sur scène, c’est avant tout un combo décrit comme proche du public tout en étant capable de le transcender, qualité certaine lui permettant de rallier à sa cause les spectateurs les plus sceptiques. S’ajoute à cette débauche d’énergie maitrisée un travail de fond indéniable. En témoigne notamment le fait que, pour préparer au mieux sa prestation lors du Picardie’Mouv, les Picards se soient adjoints, plusieurs mois durant, les services du metteur en scène Cedric Hergault[10]. Indice révélateur d’une recherche de perfectibilité constante d’ores et déjà acquise de la part d’un groupe qui demeure après tout encore jeune, mais qui semble d’emblée vouloir se singulariser et s’affirmer afin de creuser son sillon, propre en cela à séduire un public à la fois large et éclectique… Cela sera, en quelque sorte, démontré, et avec aplomb, semble-t-il, au public lors du passage du groupe à Gignac pour l’édition 2013 de l’Ecaussysteme, qui avait lieu en Aout. Ce soir-là le D.S.C. remplace au pied levé le groupe Birdy Nam Nam  qui, au dernier moment, avait jeté l’éponge[11].

Enfin le début d’année 2014 est marqué, le 8 février, par la victoire du groupe lors de sa participation au tremplin du Festival de la 7e Vague à Bretignolles-sur-mer. Ils avaient été, pour l’occasion, sélectionnés parmi 255 groupes à travers la France[12].

Sur un plan strictement discographique, l’élaboration de ce qui sera le premier effort du groupe débute très certainement en septembre 2011. De ces sessions sera tiré un premier opus renfermant douze titres. Voyage Métissé[13] est disponible chez les disquaires à partir du 20 janvier 2012, de quoi placer l’année nouvelle sous les meilleurs auspices. Dirty South Crew profitera de cette première sortie pour donner, le soir même, avec Khadim M'Baye en première partie, un concert à La Lune Des Pirates, salle que les amateurs de musique et concerts de la région Picardie connaissent bien[14]. Le concert fut même diffusé sur les ondes de Radio Campus Amiens et précédé,  dans l’après-midi, d’un show-case donné à la Fnac.

Du Voyage Métissé que nous proposait de faire en sa compagnie Le Crew, la presse à entre autres retenu la sortie d’un opus de bonne facture, aux ambiances et style multiple se situant à la lisière entre Rap, Hip-Hop, Reggae, Ska et Rock teinté d’envolées acoustiques[15]. Un album qui brille par son éclectisme, résultant des influences de chacun, l’âpreté et la justesse de ses compositions, tant d’éléments témoignant d’un spectre musical large, riche mais aussi parfois complexe et d’un abord pour le moins peu aisé suite aux toutes premières écoutes. La sortie de ce premier opus avait également le mérite de laisser entrevoir le potentiel réel du groupe et,  déjà,  de le singularisé de manière significative au sein de la scène « urbaine » actuelle. Une première prise de risque encourageante qui trouverait son épilogue deux années plus tard.

Wake Up : éveil pour un nouveau départ ?

Le chapitre « Wake Up » s’ouvre officiellement pour les Picards le 7 novembre 2013. C’est en effet à cette date que fut organisée une soirée de lancement pour ce second effort discographique, dans l’enceinte du centre musical FGO Barbara, dans la capitale, avant la sortie dans les bacs, le 26 mai dernier.

La sortie de ce nouveau disque s’accompagne aussi de changements au sein du groupe, le nonnet originel se trouvant désormais réduit à un septet. Ainsi, se retrouvent sur Wake Up : Feljalin Malonga, Myriam Luz Ferreira et Pierre-Alain Mambou au chant (Pierre Alain assurant également les parties de claviers), Romain Capel à la batterie, le bassiste Clement Maurice, Nicolas Normand et Caroline Mambou, respectivement guitariste et violoniste.

L’enregistrement s’est déroulé à Amiens, dans les murs du studio Le Sous-Marin avec Lamara Ait Amer Méziane et Maxence Collart, ce dernier s’étant également appliqué, avec Nicolas, au mixage et au mastering du disque.

Globalement le travail de production que renferme se disque est très équilibré et carré. Aucun titre ne semble souffrir de surproduction, ce qui, pour une musique aussi diverse originellement et éclectique que celle que nous propose Dirty South Crew, permet d’emblée d’unifier et d’homogénéiser l’ensemble du contenu du disque.

L’opus s’ouvre sur Be Proud, titre pourvu d’un bon gimmick de violon dès son introduction, ceux joués par la batterie et la basse sont du même acabit. Sur cet ensemble viennent ensuite se greffer les chœurs aux voix multiples. La rythmique du titre est massive et plutôt « carrée ». Le chant dans son ensemble apporte beaucoup de vivacité au titre, auquel le violon donne, sur sa coda, une touche légèrement baroque. Le D.S.C. sait d’où il vient, en aie fier et  nous le chante. Savoir d’où l’on vient peut donner tout son sens à un parcours quel qu’il soit. Le texte est sans détours : « I’m proud of what we did in a few years in our country/ Pround of the flame we brought to our city/ I’m proud of my roots from Congo and France man/ I’m proud to be the son/ Of a white lady and a black man »

C’est par un très bon riff de six cordes que débute ensuite Milli Milli. La ligne de basse est plutôt massive et ronde, formant avec la batterie une assise parfaite sur laquelle le chant, au refrain très efficace, vient se plaquer. La batterie se fait plus présente au milieu du morceau. Une jolie ligne de violon sera ensuite délivrée dans la deuxième moitié de la chanson, qui gagera ensuite en vitesse. Un titre très efficace dont le refrain entêtant et la brièveté (à peine plus de 3 minutes), sont les principaux atouts. Notons qu’une version de ce titre était également gravée sur Voyage Métissé, premier opus du groupe. Le texte de la chanson évoque la « million dollar girl », précieuse à plus d’un titre, mais chère à entretenir : « Cette gyal est un diamant brut impossible à tailler dans le dos/Plus chère que sa Rolex elle vaut plus de quatorze Carla/Si sa beauté est un crime, alors elle mérite le placard/Du talon, tous les mecs finissent à ses pieds/Sortent les billets verts pour tenter de la gérer. »  

Tolérance s’ouvre ensuite sur une boucle de synthétiseur immédiatement suivi et appuyé par un riff de guitare accrocheur. La prestation du batteur est sobre et efficace, tout comme celle délivrée par le bassiste dont la note et le son rond ajoute au groove sur ce titre faisant la part belle à un refrain dont l’efficacité est ici égale à la simplicité. Le titre du morceau annonce la couleur quant au contenu du texte, contenu au sein duquel l’actualité trouve un écho : « J’ai fait le pari du savoir-vivre ensemble, s’enrichir de nos différences et ne pas aller que vers ceux qui nous ressembles/Je m’adresse au homophobes, je m’adresse aux xénophobes, à ce qui pense que c’est dans le repli communautaire que l’on devient des hommes/[…] à trop surfer sur une vague bleue marine/On finit par se noyer dans une flaque d’urine/L’étroitesse de vos esprits vous condamne sans sursis à toute une existence entre peur et ignorance. »  

Speed, le titre suivant, laisse dès son introduction transparaitre influences et effluves résolument Rock, ce notamment grâce à un très accrocheur riff guitaristique, suivi par d’intéressants accords joués par le clavier, accords sur lesquels vient ensuite se plaquer un Rap alliant vivacité et efficacité. Le refrain, chanté en anglais,  fait lui aussi part belle à l’efficacité et permet à l’auditeur d’apprécier la voix de Myriam. Le titre se déroule sur un mid-tempo à la rythmique impeccable. Un morceau pour nous enjoindre à profiter du temps qui nous est offert, chose qu’aujourd’hui beaucoup ne savent plus faire : « Life is all we got/ So why should we spend it running all the time/Just loose yourself enjoying the moment ‘cause everyday could be your last one. »

Delta Sierra Charlie, titre que l’on retrouve pour la seconde fois sur un disque du groupe, propose une excellente introduction mêlant d’emblée et efficacement gimmicks de clavier, basse, six cordes et violon. Le titre se déploie autour d’un rythme rapide teinté de Funk. Pourvu d’un Rap efficace et parvenant à soutenir, ici comme sur d’autres morceaux,  l’éclectisme imposé par  le mélange des langues. Un texte efficace lui aussi, recélant quelques jeux de mots et  petites trouvailles textuelles bien senties, dans lequel le Crew semble nous livrer son « plan d’attaque », convaincu de son potentiel intrinsèque : « Pas peu fier de la team du Dirty South Crew/Nos vibrations te pénètrent à te rendre fou/La camisole musicale te ressert/L’épine dorsale/Et fait glisser nos humeurs/Le long de tes cervicales. »

Positif arrive ensuite en débutant sur un rythme pouvant primitivement rappeler des inflexions Reggae ou Blues, soutenues en cela par des lignes de claviers, de basse très rondes et de batterie très claires.  Le titre gagne en rythme et vitesse une fois passé sa première moitié et se déroule sur un mode un peu plus proche de celui du Reggae. Le titre s’achève par une coda oscillant entre lignes de violon et passage quasiment a cappella. Un final de bonne facture pour un titre plutôt réussi. Le texte lui nous enjoint, tant que faire se peut, à voir les choses du bon côté, ce qui, actuellement, ne peut faire de mal : «Optimiste, qu’importe les épreuves endurées le long du parcours/Besoin de bonnes vibrations./Laisser échapper tous ses doutes./De bonnes vibes pour éclairer ta route./qu’elles viennent de la family d’un lieu unique ou encore de la musique que tu écoutes…/Quoi que tu fasses reste positif/Où que tu sois, le moral au beau fixe/où que tu ailles ! Positif ! Positif !

 Le titre Revolution Time est entamé par de bons gimmicks de basse et de guitare sur lesquels viennent vite se greffer un beat de batterie et le violon. Sur cette rythmique viendra ensuite prendre place le chant, l’ensemble culminant sur un refrain de très bonne facture, tout comme la coda de ce titre. Un titre dont les paroles puisent très certainement leur source dans l’actualité, là encore : «  C’est pas les Trente Glorieuses mais plutôt l’ère de la défaite,/ l’état revoit son budget à la hausse, nos ambitions à la baisse./Ne paniquez pas./tout va s’arranger, ni le plan A ni le plan B n’ont fonctionné donc ils veulent nous planter./Alors que l’on est des vecteurs, ils veulent qu’on suivent la droite/Depuis que Marine est dans le secteur, beaucoup de mes gars ont les mains moites./ Assez ! Y’en a assez de payer les pots cassés./ Sachez qu’il y a une jeunesse qui ne laisse rien passer. » 

Beau changement de registre proposé ensuite avec le titre Murderer, dont le retour sur disque est ici propice à la découverte du titre dans une nouvelle version, acoustique cette fois. Un morceau sur lequel les cordes dans l’ensemble tire leur épingle du jeu, mais qui donne évidement à apprécier pleinement la singularité des différentes voix émaillant le disque sur un mode là encore plutôt proche de celui d’un titre Reggae. Une incursion acoustique bienvenue qui contraste joliment avec le reste de l’opus et nous délivre une facette très appréciable du groupe, qui en profite pour revenir sur les dangers de « la blanche » : « Elle est connue de Bettencourt et très aimée des Farcs/Du genre à exciter la curiosité des douanes/Elle à la réputation d’éclater les cranes. »

L’album se clôt sur le titre Wake Up et son introduction mêlant gimmick de batterie, nappe de clavier, ligne de violon et riff de six cordes accrocheur C’est soutenu par une ligne de basse bien ronde que le chant se déploie ensuite joliment. Pierre angulaire de ce titre en forme d’hymne : son refrain imparable, alliant puissance et efficacité, pour mieux inciter à la révolte : « Née de la souffrance des gens contraints à la survie à défaut d’existence/Qu’on assomme à coup de dettes par des taxes indécentes/La révolte, dans le cœur du prolétaire qui taire sa rage/Obligé de taffer plus pour une retraite posthume !/Paroles, paroles, paroles ! »


« Il est temps de prendre conscience,
On provoque le séisme
Y’a qu’à écouter notre musique
Pour voir la force de l’éclectisme. »
*****

Avec Wake UP les Picards de Dirty South Crew nous donnent à découvrir un disque riche aux influences et styles divers. Le Rap et le Hip-Hop fusionnant ici à propos avec les rythmes plus Rock, Reggae et même, dans une certaine mesure, Blues. Les rythmes se côtoient et les langues se répondent, un seul et même titre contenant souvent des passages chantés en anglais et dans la langue de Molière. La fusion des genres et styles musicaux étant au fondement de ce groupe, on ne peut que se réjouir du travail accompli par ces sept musiciens. L’ensemble est éclectique et non cantonné aux frontières de genres, c’est là l’un des principaux atouts de ce groupe et de sa musique. Ceux ayant eu la chance de les découvrir avec Voyage Métissé adhèreront sans problème à ce contenu, son message, son état d’esprit. Les amateurs de Rap et autre Hip-Hop y trouveront certainement leur compte eux aussi, n’en doutons pas. Mais les amateurs et curieux en tous genres et styles musicaux confondus pourraient eux aussi désormais considérer ce groupe, car si les toutes premières écoutes, du fait de la multiplicité des styles fusionnés, ne sont pas des plus aisées, ce métissage/melting pot musical se bonifie avec le temps. Des titres se révèlent petit à petit, laissant au final une très bonne impression à l’auditeur. Le temps semble être le meilleur allié de cette galette…
 L’écoute attentive étant le seul moyen véritable de se forger une opinion sur une œuvre, nous ne pouvons que vous conseiller de jeter une oreille (voire les deux !) à cet album !

Liste des titres :

1.      Be Proud
2.      Milli Milli
3.      Tolérance
4.      Speed
5.      Delta Sierra Charlie
6.      Positif
7.      Revolution Time
8.      Murderer (Acoustic Version)
9.      Wake Up.

Dirty South Crew, Wake Up, Siempre Mas Prod, 2014.


Xavier Fluet

Publié le : 02/07/2014 par La Gazette De Paris.




[1] « D.S.C. (Dirty South Crew) », Musique-Culture.com, 06/06/2011. Site officiel du groupe, section « presse ». Lien : http://www.dscofficiel.com/presse.php
[2] « D.S.C., un nouvel album ? », Musique-Culture.com, 16/01/2012. Site officiel du groupe, section « presse ». Lien : http://www.dscofficiel.com/presse.php
[3] Plus d’infos sur l’association Le Baobab Artistique via ce lien : http://www.mbaye.org/
[4] Cf. Note 2.
[5] Ibid.
[6] Cf. Note 1.
[7] Cf. Note 2
  « D.S.C. @ l’Elispace le 10/11/2011 (Picardie’Mouv) » Musique-Culture.com, 11/11/2011. Site officiel du groupe, section « presse ». Lien : http://www.dscofficiel.com/presse.php
[8] William Dumont, « Un Lézard Jaune 2012 sans fausses note, avec pour rois Nasteen et DSC… », Muzzart, 21/07/2012. Lien : http://www.muzzart.fr/lezine/live-report/un-lezard-jaune-2012-sans-fausses-notes-avec-pour-rois-naste.html
« Au Festival du Lézard Jaune avec D.S.C. » L’Echo Des Amphis, 07/2012. Lien : http://www.dscofficiel.com/presse.php
[9] William Dumont, « Qualités et pluralité d’une Boule Bluee 2012 plus rageuse qu’en 2011 », Muzzart, 11/09 /2012. Lien :  http://www.muzzart.fr/lezine/live-report/qualite-et-pluralite-dune-boule-bleue-2012-plus-rageuse-quen.html
[10] Cf. Note 2.
[11] Sandrouze, « Dirty South Crew »,Daylizic.com,  12/02 /2014. Lien : http://www.dailyzic.com/style/hip-hop/dirty-south-crew-3049
[12] Ibid.
[13] Dirty South Crew, Voyage Métissé, autoproduction
[14] Cf. Note 2.
[15] «  D.S.C., soleil métissé du Nord », Musique-Culture.com, 21/01/2012. Site officiel du groupe, section « presse ». Lien : http://www.dscofficiel.com/presse.php
 Nicolas Claude, «  D.S.C., Voyage Métissé», FrancoFans, No 34 (Avril-Mai 2012). Lien : http://www.dscofficiel.com/presse.php